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La plate-forme Convergence Globale des Luttes pour la Terre, l’Eau et les Semences paysannes Afrique centrale se met en place à Yaoundé

En marge de la 14e Conférence Ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui s’ouvre ce jour à Yaoundé au Cameroun, la Société civile réunie au sein de la Convergence Globale des Luttes pour la Terre, l’Eau et les Semences paysannes en Afrique s’est retrouvée pour préparer sa participation à ce Sommet des ministres, mettre en place la composante Afrique centrale (CGLTE-CA) et préparer le Forum social mondial 2026 qui va se tenir à Cotonou au Bénin en août prochain.

Trois en Un! Yaoundé accueille depuis hier, en marge de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC (du 26 au 29 Mars 2026) qui s’ouvre ce jour, une grande rencontre régionale de la Société Civile africaine. Organisée par le Réseau des Associations des Femmes du Cameroun pour le Développement Durable (RADD) avec le soutien de la Convergence Globale des Luttes pour la Terre, l’Eau et les Semences paysannes Afrique de l’Ouest, elle regroupe environ huit pays de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Ouest (Cglte-OA). «Ils sont là pour mettre en place la Convergence de l’Afrique centrale et aussi pour organiser une mobilisation sans faille des communautés pour participer de façon dynamique au Forum social mondial qui va se tenir au Bénin et dont l’organisation incombe à la Cgtle. Ils sont aussi là pour voir comment est-ce que nous pouvons travailler ensemble, mettre en place des synergies et arriver à une action commune parce que nous savons aujourd’hui que ce sont les grands regroupements qui sont porteurs», explique Marie Crescence Ngobo, Secrétaire Exécutive du Radd. Au sein de la société civile globale, l’on croit très fort que chaque fois que les grands regroupements se sont mis en place et qu’ils portent des plaidoyers forts, il y a de fortes possibilités que les décideurs, que ce soit au niveau national ou international prêtent l’oreille et qu’on arrive à bousculer les lignes.

Various of legumes; Périls sur les semences paysannes

«Nous avons l’espoir que nos amis de l’Afrique centrale vont saisir cette importante opportunité pour se mettre ensemble, s’organiser et cheminer ensemble autour des thématiques fortes, et qui sont spécifiques aux pays du bassin du Congo, deuxième poumon mondial», poursuit-elle. Mise en place en 2015 en Afrique de l’Ouest, la Cglte-OA est une plateforme régionale unitaire, communautaire favorable aux mouvements sociaux et OSC engagés dans la lutte contre l’accaparement des ressources naturelles des communautés y compris la terre, l’eau, les forêts, les semences paysannes, etc… Elle est également présente sur le climat, les accords de libre échanges, la lutte contre les multinationales fers de lance du capitalisme. Au sujet du Forum social mondial 2026. La 17e édition du FSM aura lieu à Cotonou au Bénin, du 4 au 8 août, autour des enjeux «Gouvernance des ressources et luttes populaires face aux crises globales : quelles alternatives pour la paix, la cohésion sociale et le développement durable ?», après plus d’une décennie sur le continent. La dernière sur le sol africain s’est tenue en Tunisie en 2015.

Le problème UPOV en question

Au-delà, «C’est aussi de projeter comment on peut avoir une caravane Afrique centrale qui pourra venir vers Cotonou», renseigne Bertrand Yehouenou, membre de la Cglte-OA Bénin, par ailleurs, Secrétaire technique à l’organisation du Forum social mondial 2026. Depuis qu’elle a été mise en place en 2015, la Convergence a déjà organisé quatre caravanes qui permettent de porter les plaidoyers des communautés. «A chaque caravane, on essaie sur l’itinéraire, de faire le plaidoyer pour que les communautés puissent élever leurs voix, que les autorités les écoutent par rapport aux difficultés en matière de terre, aux semences», précise ce Délégué de la société à la 14e conférence ministérielle de l’OMC. «La rencontre de l’OMC est très importante pour nous et surtout sur les questions de l’UPOV [Union internationale pour la protection des obtentions végétales, Ndlr]. Impulsée par l’OAPI qui est au Cameroun, l’Upov fait la promotion des semences conventionnelles brevetées. Ce qui rend difficile d’accès les semences paysannes. Sa mise en œuvre devient très contraignante pour les agricultures. C’est un peu contraire aux droits des agriculteurs», s’insurge-t-il.

Bertrand Yehouenou rapporte qu’en 2017-2018, la Cglte a travaillé avec le gouvernement du Bénin pour que celui-ci ne vote pas la loi pour l’adhésion à l’Upov.  «…Et les accords de l’OMC à travers les ADPIC [Aspects des droits de propriété intellectuelle, Ndlr] sont allés dans ce sens aussi, pour que nos pays n’aillent pas à l’Upov, sans des préalables, sans préserver et protéger les variétés végétales locales». Dès lors, la rencontre de l’OMC à Yaoundé donne l’opportunité de réitérer l’engagement de la société civile à faire des propositions. «On n’est pas resté à être opposant. On avait fait des propositions de lois «sui generis» pour préserver nos semences paysannes qui permettent aux paysans de traverser tout ce qui est résilience en matière de changement climatique. Ce sont des semences adaptées qu’il faut promouvoir», soutient Bertrand Yehouenou. Selon qui, «Cette rencontre nous permet de porter encore ce message aux ministres pour qu’ils puissent comprendre que le contexte aujourd’hui nous amène à renforcer la lutte de la convergence par rapport à l’agroécologie, aux semences paysannes».

Nadège Christelle BOWA

 

Réactions

 

Marie-Crescence Ngobo, secrétaire exécutive du RADD

Accompagner les communautés de façon efficace contre les injustices

Nous avons tout intérêt de prendre ce qui nous est proposé aujourd’hui, de se l’approprier, pour qu’avec ces collègues de l’Afrique de l’Ouest, nous devenons encore plus fortes, plus efficaces dans la présentation de nos défis et de nos plaidoyers, afin que les communautés qui sont dans la souffrance aujourd’hui puissent trouver un regain d’espoir, des solutions, des solutions idoines pour être à même de lutter de façon efficace avec notre accompagnement, parce que nous travaillons avec eux contre les injustices sur le plan économique, social, environnemental et climatique pour les souverainetés foncières, semencières,  alimentaires. Merci à nos amis de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique centrale, et du Cameroun. Nous sommes là pour construire. Soyons déterminés, inévitablement, nous aurons des résultats.

Bertrand Yehouenou,  Secrétaire technique Forum social mondial 2026

On attend des propositions pour la paix, la sécurité et sécurité alimentaire

Le Forum Social Mondial à Cotonou a pour objectif de rassembler le maximum de peuples, des mouvements qui luttent pour la terre, l’eau et les semences. Nous avons près de 15 thématiques. Nous avons envisagé près de 12 villages, des espaces climats, des espaces pour les femmes, des espaces pour les jeunes. Nous avons les espaces de chefs traditionnels et religieux pour réfléchir et proposer des alternatives à la cohésion sociale, à la paix dans le monde entier. Le contexte actuel de guerres un peu partout, d’extrêmes violences, de terrorisme, renforce encore l’importance du Forum Social Mondial qui est un creuset des mouvements de la société civile. Le plus grand espace où la société civile au monde peut se rencontrer pour faire des propositions et nous demandons à tout le monde de venir à Cotonou en août 2026 pour qu’on puisse sortir avec des propositions pour la paix et pour la sécurité et pour tout ce qui est sécurité alimentaire.

Ardo Sow, membre de la Convergence de lutte Afrique de l’Ouest 

L’OMC doit associer les communautés au débat

Aujourd’hui se tient la conférence des ministres de l’OMC et c’est juste peut-être l’ironie de l’histoire. En 1999 à Seattle, les mouvements sociaux s’y sont opposés. Ce qui a amené le Forum social mondial. L’OMC se retrouve avec les ministres et des techniciens, s’enferment et décident de ce que va devenir le commerce et comment ce commerce va se faire, sans pour autant discuter avec les communautés. Je pense que c’est le moment de dire qu’il faut que les populations, qu’ils soient agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, puissent être associés à ce qui se fait. Nos ressources sont bradées partout, sans qu’on ait un mot à dire. Regardez ce qui se passe dans le monde actuellement. Il y a la guerre en Ukraine. L’Iran, l’Irak, les États-Unis se bombardent pour contrôler les flux énergétiques, commerciaux, etc. Ce qui va nous impacter en tant qu’Africains ? Quelle est notre position par rapport à ça ? Nos communautés en sont-elles conscientes ? Comment devons-nous agir ? Quelles propositions pouvons-nous faire de concert avec nos gouvernements. Le prix du gaz va augmenter, celui du pétrole aussi. Alors que nous avons ces ressources. On a de l’uranium, le soleil, 365 jours sur 365 qu’on n’arrive pas à exploiter. Comment faire en sorte que tout ça bénéficie aux fils et aux filles africains ? Au lieu d’exporter, au lieu d’importer même de ce gaz, de ce pétrole qui est de plus en plus cher. Et c’est mon papa paysan, ma maman paysanne… qui va débourser de sa poche pour payer. Pendant que ses récoltes sont en train de pourrir, parce qu’elle n’a pas trouvé un acheteur.

Rassemblées par

Nadège Christelle BOWA

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