Forêt et Faune

Les Exilés de Douma de Marie-Ange Evindissi, une écopoétique africaine face aux fractures écologiques contemporaines

Publié en 2006 aux Éditions L’Harmattan, dans la collection Encres noires, Les Exilés de Douma s’inscrit dans une trilogie consacrée aux Fongs, peuple d’Afrique centrale contraint à l’exil territorial et culturel. L’ouvrage déploie une écriture où la forêt devient archive vivante, espace de mémoire et de fracture.

La forêt comme archive vivante et espace dialectique

La forêt n’est pas un décor mais une entité agissante, une archive vivante qui concentre les rites, les mythes et les résistances d’une communauté menacée. Elle devient un personnage total, porteur de mémoire et de fracture. Cette approche rejoint la conviction de Mongo Beti pour qui la littérature africaine doit rendre compte des fractures historiques sans céder au folklore. La forêt devient ainsi un espace où se rejouent les tensions entre tradition et modernité, mémoire et effacement.

Elle est aussi un espace dialectique, refuge et menace, mémoire et oubli. Elle incarne la survivance d’une peuplade menacée, tout en révélant les tensions entre héritage et mutation. Cette dialectique est servie par une langue riche, parfois incantatoire, qui convoque les images de l’ombre et de la lumière comme des leitmotivs. La forêt devient un lieu où se cristallisent les contradictions de l’histoire, où se rejouent les fractures du passé et les incertitudes de l’avenir.

Dans cette perspective, l’œuvre s’inscrit dans une écopoétique africaine, où le milieu naturel est indissociable de l’histoire humaine. La forêt n’est pas seulement un espace physique, elle est une archive, une mémoire, une voix. Elle devient le lieu où se rejouent les tensions entre tradition et modernité, mémoire et effacement.

Ombres et lumières de l’exil

Le récit se construit sur une dialectique de l’ombre et de la lumière. L’ombre renvoie aux ruptures, aux violences, aux déplacements forcés. La lumière s’incarne dans les chants, les solidarités et les réinventions identitaires. Cette tension reflète les débats contemporains sur la préservation des peuples invisibilisés dans un monde globalisé.

On retrouve ici l’écho de Glissant, qui dans sa Poétique de la Relation insistait sur l’identité comme tension entre mémoire et ouverture. Par la polyphonie, les Fongs sont inscrits dans une histoire relationnelle, locale et universelle à la fois. La dialectique de l’ombre et de la lumière devient ainsi une métaphore des fractures du monde contemporain, où les peuples invisibilisés cherchent à préserver leur mémoire tout en s’ouvrant à l’universel.

Cette dialectique est servie par une langue riche, parfois incantatoire, qui convoque les images de l’ombre et de la lumière comme des leitmotivs. La forêt devient un lieu où se cristallisent les contradictions de l’histoire, où se rejouent les fractures du passé et les incertitudes de l’avenir.

Fragmentation narrative et polyphonie

La structure narrative épouse les éclats de la mémoire collective. Les personnages ne sont pas seulement des individus, ils deviennent vecteurs de transmission. Cette polyphonie rappelle les fresques africaines où l’histoire se dit à travers une pluralité de voix. La fragmentation ne fragilise pas le récit, elle lui confère une densité qui exige du lecteur une posture active.

Cette fragmentation, loin d’affaiblir le récit, lui confère une densité polyphonique qui rappelle les grandes fresques africaines où l’histoire se dit à travers une pluralité de voix. La polyphonie devient ainsi une métaphore de la mémoire collective, où chaque voix incarne une strate de l’histoire, un fragment de la forêt.

Dans cette perspective, l’œuvre s’inscrit dans une écopoétique africaine, où le milieu naturel est indissociable de l’histoire humaine. La forêt n’est pas seulement un espace physique, elle est une archive, une mémoire, une voix. Elle devient le lieu où se rejouent les tensions entre tradition et modernité, mémoire et effacement.

Caroline Meva dont le pseudonyme est Marie-Ange Evindissi.

Littérature environnementale et enjeux contemporains

La force du texte réside dans sa capacité à mettre en tension la mémoire locale et les débats contemporains. La forêt, espace dialectique de refuge et de menace, devient métaphore des fractures écologiques et sociales actuelles. En ce sens, l’ouvrage rejoint les préoccupations de la littérature environnementale africaine, telle que l’a formulée Baltazar Atangana, une littérature qui refuse de dissocier l’humain de son milieu et qui fait de l’écosystème un acteur de l’histoire.

Cette perspective trouve un écho dans l’œuvre de Lu Xun, écrivain chinois du début du XXe siècle, qui voyait dans les paysages détruits par la modernité une métaphore des blessures collectives. Comme ici, le milieu naturel devient miroir des fractures sociales.

Dans cette perspective, le récit s’inscrit dans une écopoétique africaine, où le milieu naturel est indissociable de l’histoire humaine. La forêt n’est pas seulement un espace physique, elle est une archive, une mémoire, une voix. Elle devient le lieu où se rejouent les tensions entre tradition et modernité, mémoire et effacement.

Une œuvre de mémoire et de résistance

Les Exilés de Douma s’impose comme une œuvre de mémoire et de résistance. La voix des ancêtres est inscrite dans une archive moderne, donnant à la forêt une voix qui traverse les générations. L’histoire locale devient matière universelle, et l’exil se lit comme métaphore des fractures du monde.

La conclusion de l’ouvrage ne se limite pas à une célébration de la mémoire, elle interroge la capacité de la littérature à devenir un instrument de résistance face aux effacements contemporains. En inscrivant la forêt comme archive vivante, l’autrice propose une écopoétique qui dépasse le cadre africain pour rejoindre les débats mondiaux sur la justice climatique et la préservation des peuples invisibilisés.

Dans cette perspective, Les Exilés de Douma ne se contente pas de raconter une histoire locale, il reconfigure la mémoire collective en acte littéraire, donnant à la forêt une voix qui traverse les générations. C’est une contribution majeure à la littérature africaine contemporaine, où l’histoire locale devient matière universelle, et où l’exil se lit comme métaphore des fractures du monde.

Baltazar ATANGANA

 

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