Campagne agricole 2026: La mémoire de Bernard Njonga célébrée sur fond d’apprentissage
Dans le cadre du projet CCAB (Centre de Connaissances pour l’Agriculture Biologique et l’Agroécologie en Afrique), aussi connu sous l'acronyme anglais KCOA, une journée d’information sur les biofertilisants a été organisée à Yaoundé au siège de l’Acdic en mémoire de Bernard Njonga, ingénieur agricole , décédé en février 2021.
Pour la campagne agricole 2026, le Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD), une ONG de développement a choisi de surfer une fois encore sur la vague de l’agriculture biologique. Dans le cadre du projet CCAB (Centre de Connaissances pour l’Agriculture Biologique et l’Agroécologie en Afrique), également connu sous l’acronyme anglais KCOA, cette organisation a offert une formation sur les biofertilisants aux petits producteurs à Yaoundé, dans la région du Centre. Pour nourrir leur savoir, l’expertise de Julien Azombo Ela, ingénieur agronome, Expert en biodiversité et agroécologie a été sollicitée. «J’ai développé quatre ateliers de formation sur la fabrication des bio-fertilisants. Le premier intitulé «pourquoi les bio-fertilisants ?», renseigne sur la nécessité de s’intéresser à ces produits. Aujourd’Hui, nous avons beaucoup de cas de maladie, de pollution de l’air et du sol. Ce qui amène les chercheurs à développer des techniques pour palier à ces problèmes de la santé des sols et de la santé de l’homme et assurer une sécurité alimentaire pour l’humanité», explique l’expert.

Son équipe a développé certaines techniques de fabrication des bio-fertilisants appelés « engrais liquide complet », produit avec de la banane, la farine de soja, la cendre, la bouse de vache, l’urine de lapin, les feuilles de Tithonia ou marguerite et des micro-organismes (terre forestière). Le détail a été donné pour la fabrication de cet engrais. Pour l’utilisation: «C’est simplement un litre de cet engrais liquide complet pour un pulvérisateur de 15 litres que vous appliquez chaque une ou deux semaines sur vos spéculations. Cela peut être les cultures maraîchères». Le traitement est différent en ce qui concerne les vergers, etc. «Nous avons aussi développé les techniques de fabrication de micro-organismes pour restaurer les sols dégradés; des composts à base de fruits ». Ces engrais assure Julien Azombo Ela, agissent sur la vitesse de croissance, la qualité et le goût des fruits.

Installée à Manassa dans l’arrondissement de Mfou, Norbetine Messina, Technicienne supérieure en agronomie, invite les producteurs à ne pas avoir peur d’utiliser les biofertilisants. « Je travaille à la pépinière et ces produits nous ont beaucoup aidés. Les biofertilisants éloignent les insectes et les ravageurs […] Notre rendement a augmenté. Avec les produits biologiques, nous sommes partis de 10 à 15 voire 20 tonnes de plants de corossolier, pour ne prendre que cet exemple », témoigne-t-elle. La journée d’information sur les biofertilisants est la première d’une série d’activités organisée en mémoire de Bernard Njonga, Ingénieur agronome de formation, rendu célèbre par son activisme pour la souveraineté alimentaire du Cameroun, décédé dans la nuit du 21 au 22 février 2021, à l’âge de 66 ans. «Nous célébrons en ce mois, son cinquième anniversaire de décès. C’est pour ça qu’on a choisi le cadre de l’ACDIC pour cette activité», renseigne Apollinaire Tétang, ingénieur agronome chargé du conseil agricole au Saïld. A travers l’Acdic et des séjours répétés dans les geôles de la police à la suite des manifestations publiques, Bernard Njonga a obtenu du gouvernement, en mars 2006, l’interdiction des importations de poulets congelés dans le pays. Une décision qui a permis de relever la filière avicole locale.
Nadège Christelle BOWA
INTERVIEW
Apollinaire Tétang
«Les petits producteurs sont notre cœur de métier »
Ingénieur agronome chargé du conseil agricole au Saïld et chargé de la diffusion des produits de connaissances au projet KCOA, Apollinaire Tétang, plaide en faveur de la diffusion des biofertilisants pour les petits producteurs qui peinent à disposer d’engrais chimiques aux conséquences désastreuses pour la santé humaine et environnementale au demeurant.
Pourquoi cette journée d’information sur les biofertilisants notamment liquides ?
En matière de production agricole, la contrainte principale aujourd’hui, c’est l’accès aux fertilisants du fait que les terres sont tellement dégradées qu’il est difficile de produire sans engrais. Et quand on parle d’engrais, le premier recours, ce sont les engrais chimiques. Mais on connaît leurs contraintes en termes de coût et d’accès. Non seulement ces engrais chimiques sont chers, mais aussi ils ont des effets négatifs sur la qualité des produits agricoles qu’on met à la disposition des consommateurs. C’est pour cette raison que nous avons pensé mettre à la disposition du public, des techniques de fabrication in situ, c’est-à-dire des fabrications au niveau local, au niveau du domicile, des engrais naturels à partir des ingrédients disponibles dans l’environnement des producteurs. Et l’intérêt de ces engrais biologiques, particulièrement liquides, c’est que ces engrais se font dans des conditionnements très réduits, faciles à transporter et aussi faciles d’utilisation. Parce que les engrais biologiques liquides sont généralement un peu plus concentrés que d’autres types d’engrais. Et c’est pour ça qu’on demande généralement de la dilution dans de l’eau. A des proportions comme: 10%, 20%, 5% en fonction de la concentration de cet engrais. Et lorsque vous l’avez dilué, vous pouvez l’appliquer sur une grande superficie par pulvérisation et à des temps réduits. Un autre intérêt pour ces engrais, c’est que l’effet est immédiat par rapport aux engrais racinaires où il faudra attendre que la plante absorbe les éléments qui seront mis à disposition au niveau des racines. Par contre, lorsqu’on l’applique par pulvérisation, ces engrais sont directement assimilés par les feuilles de la plante. Et forcément, ça donne des bons résultats pour le producteur.
Vous parlez de disponibilité des ingrédients. Et là, on a parlé du soja, par exemple. Est-ce que c’est véritablement accessible à ces producteurs?
Oui, c’est accessible. Quand vous allez regarder dans la diversité des choix de spéculation des agriculteurs, vous allez souvent observer qu’il y a un peu de toutes ces petites cultures-là, y compris le soja. Et celui qui ne l’a pas dans son exploitation, peut en acheter. Surtout que le besoin n’est pas en grande quantité. La farine de soja dans la composition est de l’ordre de 15%. C’est-à-dire que si vous voulez faire 100 kilos ou 100 litres d’engrais biologiques, vous avez besoin de 15 kg de soja. Ce n’est pas grand-chose pour un agriculteur local pour qui, 100 litres d’engrais est beaucoup. Surtout qu’on n’a pas de très rosse superficie.
Justement, quand on parle de l’agriculture bio, il faut pouvoir satisfaire une certaine demande. Est-ce que ce type d’engrais s’adresse aux grandes superficies comparées à l’engrais chimique?
De manière rationnelle, je pense qu’il faut faire la part des choses. Quand on parle de l’agriculture à grande échelle ou intensive, il y a beaucoup d’aspects qui difficilement respectables en matière de production bio. Tout simplement parce que les techniques de production sont mécanisées, automatisées, ce qui ne corrobore pas avec l’idéologie du bio. Le bio, généralement, ne fait pas très forcément appel à la grande mécanisation.
Donc, ce type d’engrais s’adresse on va dire, à l’agriculture paysanne?
Le dire ainsi dans notre contexte africain est réducteur. Ailleurs, c’est valorisant. Mais chez nous, quand tu dis à un paysan: « tu fais une agriculture paysanne». Il trouve cela réducteur. En fait, la production locale dans notre environnement reste encore embryonnaire. Parce qu’il faut savoir que les 80 à 90% de notre production est fournie par cette petite agriculture ou cette agriculture paysanne dont vous parlez tout à l’heure. Pour dire que ce sont les petits, un hectare, demi-hectare, qui font tous les 90% de la production. Les 10 autres pour-cent, ce sont les industriels. C’est un marché restreint. Mais vraiment, notre cœur de métier, ce sont les 90% qui sont les petits producteurs, qui ont des difficultés d’accès aux intrants d’un certain standing avec des coûts élevés alors qu’ils peuvent valoriser les atouts qui sont disponibles dans leur environnement.
Pour terminer, quelle évaluation vous faites aujourd’hui de l’utilisation des biofertilisants dans l’agriculture locale?
Depuis un certain temps, nous organisons des marchés périodiques bio. Si nous parvenons à le faire, c’est parce que les gens produisent. Ce qui veut dire que grâce à toutes ces actions que nous menons, les gens sont mobilisés. Ils intègrent ce système de production au fil des sensibilisations. Cela nous réconforte que les gens s’intéressent à cette agriculture durable, parce qu’ils se soucient de leur santé, pas seulement de la santé humaine, mais aussi de la santé de l’environnement de production, et tout le reste.
Réalisée par
Nadège Christelle BOWA



