Cameroun : La couverture vaccinale améliorée grâce au programme SLL
Lancé en 2021 pour venir à bout de la pandémie de Covid-19, le programme « Saving lives and livelihoods (Sll) » (Sauver des vies et des moyens de subsistance), d’Africa Cdc et Mastercard foundation, semble avoir dépassé les objectifs fixés, comme le révèle une récente évaluation de la première phase de cette initiative. Le taux de couverture vaccinale contre la Covid-19 est passé de 3 % à 11 %. Mais au-delà de cet exploit, c’est toute la chaîne vaccinale qui a été impactée par ce programme.

C’est avec fierté que Berthe Ngo Billong, point focal logistique du district de santé Cité Verte à Yaoundé, au Cameroun, présente les réfrigérateurs homologués reçus dans le cadre du programme « Saving Lives and Livelihoods, (SLL) » (Sauver des vies et des moyens de subsistance), une initiative conjointe d’Africa CDC et Mastercard Foundation, dont la première phase d’un montant de 1,5 milliard de dollars a été lancé en juin 2021 dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. Comme des joyaux bleus trônent dans une salle offerte par le centre médical d’arrondissement de Tsinga.
Comme des joyaux bleus, ces équipements trônent dans une salle offerte par le centre médical d’arrondissement de Tsinga. Leur arrivée a été un véritable soulagement pour la conservation des vaccins dans ce district de santé, régulièrement frappé par des délestages intempestifs et parfois de longues durées. « Une fois, nous avons connu près de deux mois de panne électrique. J’étais obligée de transporter mes vaccins au district de santé de Djoungolo, suivant le plan de contingence. Mais alors là, c’était une corvée de servir les formations sanitaires. J’ai perdu au moins deux kilos à force de faire la navette : aller chercher les vaccins à Djoungolo, venir servir ici, puis remettre ce qui restait », rapporte-t-elle.
D’une capacité de 350 litres chacun, ces réfrigérateurs permettent de stocker entre 120 000 et 180 000 doses de vaccins. « Avec les nouveaux réfrigérateurs, on peut dormir tranquille parce qu’on sait que les vaccins sont bien conservés. Avant, nous avions un petit réfrigérateur qui ne nous permettait pas de faire le stock de vaccins pour notre district », confie Berthe Ngo Billong. Le district de santé de Djoungolo n’était pas mieux loti. « Depuis que j’ai reçu les équipements, les vaccins ne virent plus », témoigne Alihou Pantami, logisticienne, qui enregistre désormais moins de pertes de vaccins dues aux coupures de courant.

Au-delà de la pandémie de Covid-19
Au total, 159 réfrigérateurs homologués ont été installés dans les districts de santé du Cameroun, où se conservent les plus gros stocks de vaccins au niveau national. « Actuellement, nous disposons, dans tous les districts du pays, d’équipements de la chaîne de froid qui permettent de stocker les vaccins dans des conditions de sécurité indispensables. Cette dotation du programme SLL a permis de relever le pourcentage de disponibilité des équipements homologués de 35 % à 45 % sur le terrain », indique Simon Atangana, chef de la section logistique au Programme Elargi de Vaccination (Pev). En outre, ce programme a doté le Cameroun de deux camions frigorifiques, facilitant le transport des vaccins du niveau central vers les régions et réduisant le délai de livraison de 21 à 7 jours. Des glacières ont également été fournies. Par ailleurs, les capacités des gestionnaires de stocks de vaccins ont été renforcées, impactant positivement les Formations sanitaires (Fosa).
En particulier, la formation en logistique thermosensible a permis aux acteurs d’acquérir une meilleure maîtrise de la conservation des vaccins dans les températures requises pendant leur transport. Ce sont ainsi 253 personnes, dont 20 au niveau central, 30 au niveau régional et 203 logisticiens de districts, qui ont bénéficié de ces formations. Au niveau central, Dr Shalom Ndoula Tchokfe, Secrétaire permanent du Pev, souligne que le programme a permis d’augmenter la couverture vaccinale contre la Covid-19, qui se situait autour de 3 %, tout en surmontant d’énormes défis logistiques et d’adhésion de la population. « L’arrivée du programme SLL et de tous ses composants a renforcé ce que le pays faisait déjà, en intégrant également les investissements d’autres partenaires tels que Gavi, l’Oms et l’Unicef. Ensemble, nous avons réussi à vacciner plus de 4 millions de personnes au Cameroun, représentant 11 % de la population locale, ce qui nous a permis de franchir la barre symbolique des 10 % », explique-t-il.

Entre défis et doléances
Le Secrétaire permanent du Pev signale qu’en termes de renforcement des capacités, « l’arrivée du SLL a triplé notre capacité de stockage pour les vaccins qui se conservent à des températures négatives comprises entre -15 °C et -20 °C. Nous avions seulement 20 m³ d’espace de stockage négatif au niveau central. Disposer désormais de cette capacité de congélation pour certains vaccins, comme la polio, le rota ou les vaccins Covid, nous assure une meilleure stabilité des vaccins », précise-t-il. Les résultats ainsi célébrés sont le fruit d’une collaboration multi-acteurs, incluant notamment le Programme alimentaire mondial (Pam), le Global health systems solutions (Ghss) et la Croix-Rouge camerounaise, en dépit de la complexité des échanges et des défis rencontrés. Anne-Laure Maïola, responsable des projets bilatéraux au Pam, mentionne que la pluie a souvent été un obstacle lors des livraisons.
Quant à Dr Elvis Tajoache Amin, de Ghss, il déplore que l’arrêt brutal du projet en mai 2023, suite à la fin de l’urgence Covid déclarée par l’Oms, ait empêché la réalisation de toutes les activités prévues. Alors que la deuxième phase du projet est désormais enclenchée, plusieurs doléances sont émises pour des résultats encore plus probants. Ces doléances incluent l’augmentation des ressources financières, la disponibilisation des équipements de la chaîne de froid jusqu’au niveau des Fosa et le renforcement des capacités des personnels. « Si un prestataire est bien formé, cela rassure les mères qui amènent leurs enfants à la vaccination. Lorsqu’un personnel de santé est formé, il transmet le message avec assurance et maîtrise son travail », plaide Simon Atangana.
Nadège Christelle BOWA