Dans l’étreinte de la terre : Clichés des souffrances des femmes autochtones
L'ouvrage "Dans l'étreinte de la terre" a été présenté au cours d’un webinaire co-organisé par WoMin et Green Development Advocates, le jeudi 19 mars 2026

Le titre fort évocateur fait trembler. Avec raison si l’on s’en tient à la définition du Larousse au sujet du mot: «étreinte». A Savoir: «Action d’étreindre, de serrer quelque chose fortement». le dictionnaire parle même d’une «pression exercée...» Ce qui n’est jamais bon même pour la santé mentale. C’est cette situation que décrit avec force photo, «Dans l’étreinte de la terre», au sujet des femmes Baka, et des peuples autochtones des forêts, d’une manière générale. La forêt abrite de nombreuses formes de vie, y compris des espèces menacées, et elle est essentielle pour stabiliser les températures mondiales et ralentir les effets du changement climatique, mais elle est menacée par l’exploitation minière et forestière et par d’autres formes d’extractivisme. Au cœur de la plus grande forêt tropicale d’Afrique, les femmes Baka, gardiennes de la forêt, mènent la résistance contre la destruction de la nature causée par le modèle de développement extractif, en soutenant des formes communautaires de propriété et de production, en préservant les connaissances intergénérationnelles et les soins communautaires profonds.
En défendant leurs droits et l’environnement, elles présentent également une alternative à l’extractivisme, fondée sur la gestion durable des ressources naturelles et la protection des biens communs. WoMin et Green Development Advocates (GDA) ont produit un livre de photos qui documente la vie quotidienne des communautés Baka dans la région de Djoum au Cameroun, en se rendant dans les villages d’Assoumdele, d’Akom, de Zoulabot et d’Odoumou. Conçues par l’artiste camerounaise Ethel Tawe, ces images fortes illustrent la force et la résilience des femmes Baka, qui travaillent sans relâche à la protection de la forêt. Ce livre de photos s’inscrit dans le cadre de l’engagement du WoMin à promouvoir des alternatives de développement écoféministes africaines enracinées dans les expériences et les connaissances des femmes africaines, qui sont à l’avant-garde d’un mouvement en faveur d’un avenir juste pour toutes les formes de vie.
Au-delà de ce message, cette édition inaugurale célèbre les communautés forestières de la forêt tropicale du Congo, qui couvre 300 millions d’hectares dans six pays différents. Au cours de cette rencontre hybride, en prélude à la journée internationale des forêts, Marius Mongo, juriste exerçant à GDA, a présenté de manière succincte les innovations et régressions de la Loi N°2024/008 du 24 juillet 2024 portant régime des forets et de la faunes par rapport aux droits des communautés. L’expert relève que ces dernières ont été désavouées en ce qui concerne de nombreux droits. «Certains droits ont été confortés, elles étaient dans la précédente loi de 1994; d’autres ont été initiés ou restreints. Ils ont soit disparu, soit été amenuisés dans la nouvelle loi. On peut parler de la gestion de la forêt communautaire qui existait dans la loi de 1994. On peut parler de la redevance faunique qui n’existait pas et que maintenant les communautés peuvent recevoir». Il cite aussi «malheureusement», la Redevance Forestière Annuelle (RFA), dont les communautés ne pourront bénéficier que via des projets sociaux, initiée par la commune en raison de la décentralisation. «Pour la redevance faunique, il va falloir que les communautés se constituent en entité légale. C’est une barrière. On déplore aussi le fait que cette loi n’a pas tenu compte de la spécificité des peuples autochtones. Par ailleurs, en matière de conversion des forêts, les communautés ont été désavouées».
Nadège Christelle BOWA
Réactions
Danielle Mba Mbia, GDA
Penser au développement mais aussi à ceux qui dépendent de la forêt
Nous avons travaillé en collaboration avec Womin, une organisation sud-africaine pour ressortir cette sagesse des communautés qui vivent dans la forêt. Le lien qu’elles ont avec la forêt. Cette activité montre l’utilité de la forêt. Pour beaucoup, la forêt sert juste pour tirer des ressources, se faire de l’argent, développer le pays à travers par exemple la coupe du bois, etc. Mais on oublie qu’il y a des communautés aussi qui vivent et qui dépendent uniquement de cette forêt là. Le livre ressort par exemple, le côté spirituel que ces communautés ont avec la forêt. La transmission même des savoirs de ce peuple se fait uniquement dans la forêt. Ils ne partent pas à l’école pour transmettre des connaissances à leurs enfants. Tout se passe dans la forêt. Et même l’économie dont on parle, les communautés vivent aussi de cette économie à travers l’exploitation des produits forestiers non-ligneux. Nous avons découvert que chez les baka, les femmes accouchent souvent à côté des arbres. Et c’est à partir de cet arbre qu’ils donnent le nom à l’enfant. L’arbre a un côté spirituel. Si ces arbres sont coupés, si cette forêt est détruite, comment est-ce que ces communautés vont faire pour vivre ? C’est un peu pour attirer l’attention de ces dirigeants non seulement au Cameroun, mais dans le bassin du Congo en général de penser au développement mais aussi à ceux-là qui dépendent uniquement de la forêt.
Alice Ndo, femme Baka
Trouver une solution pour nous les peuples autochtones
Je ne parle pas de la forêt au hasard. Je suis née à la forêt. C’est notre village. La forêt est notre village. Nous ne sommes pas nés en route. Quand nous sommes chez nous dans la forêt, nous sommes tellement à l’aise parce que toutes nos activités qu’on mène c’est en forêt; toutes nos connaissances, notre identité, c’est la forêt. Notre sang, c’est l’arbre. Les arbres qu’on coupent, qu’on détruit sont notre pharmacie.nous prenons les remèdes à la forêt pour nous soigner. Avant on ne connaissait pas les comprimés ni les injections. De nos jours, même derrière nos maisons, on entend seulement les tronçonneuses. Quand tu demandes, c’est la guerre. Nos rivières ont disparu, ce qui reste est contaminé avec le carburants. Il n’y a plus de lianes pour nos hottes. On nous parle de grands projets, mais nous on va vivre où? On est envahi par les mines et les parcs. On nous envoie en route, la-bas, c’est «Rentre chez toi en forêt».. Quand tu veux rentrer encore en forêt, tu vas trouver les safari. Moi, ça me fait mal. C’est les pleurs. Est-ce que l’Edjengui, notre dieu, reste en route ? Quand les sites sont détruits. On va faire comment ? C’est dans la forêt qu’on se conseille… la forêt, c’est ma vie. Il faut trouver une solution pour nous les peuples autochtones.
Sylvie Jeannette Nke
«Zone interdite»
Je viens de Ntui. c’est le barrage qui vient nous nuire. On ne refuse pas ce barrage. Mais on refuse les impacts qui accompagnent les projets. Chez nous, c’est grave. Avant, on vivait de la forêt et du fleuve. Puisque à côté du fleuve, c’est là que se trouvent nos forêts. Maintenant, nous on n’a plus accès. La forêt même est dévastée. Avec l’eau, ça a envahi, tout a séché. Maintenant, on va vivre comment ? Nos enfants partaient à la pêche, au fleuve, mais on n’a plus accès, ils ne peuvent plus. Partout là où tu vas arriver, tu vas seulement trouver zone interdite, zone interdite. Même le sable. Aujourd’Hui, on n’a plus rien. Tout ce qu’on met maintenant au sol, sèche. Puisqu’on ne connaît plus ou c’est la saison sèche, ou c’est la saison pluvieuse.
Rassemblées par
Nadège Christelle BOWA



