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Art et science : La photographie au secours des plantes menacées du Cameroun

À travers une exposition photographique poignante, qui se tient à l’espace Afrotopos au quartier Mballa 2 à Yaoundé, la chercheuse-photographe Christina Abena met en lumière les espèces végétales en voie de disparition, mariant rigueur scientifique et sensibilité artistique pour éveiller les consciences.

Comment sensibiliser le grand public et les décideurs à la disparition silencieuse de la biodiversité végétale ? C’est le défi qu’a relevé Christina Abena, diplômée du CRESA Forêt-Bois et membre de l’organisation Green Connection Environment. À travers son exposition intitulée « Le déclic », la jeune chercheuse met en avant huit espèces botaniques rares et menacées, photographiées au cœur des forêts camerounaises. Le vernissage a eu lieu, le jeudi 1er octobre 2026 à Afrotopos sis au quartier Mballa 2 à Yaoundé en présence des universitaires, étudiants, de représentants d’organisation et acteurs de la biodiversité, etc.  Tout commence en 2022. Parachutée sur le terrain au milieu d’une expédition d’une centaine de personnes, la jeune universitaire fait ses premiers pas d’exploratrice et découvre la photographie professionnelle.

« Le déclic s’est produit parce que, dès mon enfance, je ne savais pas qu’il existait des espèces menacées. C’est dans le cadre de mon travail que j’ai découvert ces espèces, et cela a créé un déclic en moi pour l’art visuel », explique l’artiste-chercheuse. Du lit de la Sanaga aux massifs de Ngovayang, en passant par le Parc National du Mpen et Djim, une aire protégée de 97 480 hectares située dans la région du Centre du Cameroun qui abrite une biodiversité exceptionnelle, avec 483 espèces de plantes terrestres, Christina Abena a immortalisé des spécimens fragiles à l’instar d’Eugenia ancorifera, une plante dont les feuilles possèdent des vertus médicinales contre le paludisme — parfois menacés d’éradication par des projets d’infrastructures.

« Ces belles photos accrochées aux murs, j’ai envie de les mettre chez moi. Cela fait un moment que je me demande ce que je pourrais accrocher dans mon salon pour embellir la maison », commente Alberto Ngatia, un visiteur. « Je tire donc un grand coup de chapeau aux personnes qui maîtrisent l’art photographique. Je me rends compte que c’est un vrai savoir-faire qui peut nourrir son homme. Je tire aussi mon chapeau à tous ceux qui explorent la nature et travaillent à la conservation de la biodiversité. À travers ces photos, on réalise que certains ne dorment pas chez eux : ils vont au tréfonds des forêts pour comprendre les espèces, les étudier et mieux les protéger », ajoute ce dernier avant de conclure : « Grâce au déclic d’Abena Christina, je pense que toutes les personnes qui viendront ici apprendront à aimer la nature et à vouloir la conserver ».

​L’art visuel au service de la décision politique

​Pour les scientifiques et les acteurs du secteur environnemental présents au vernissage, ce travail apporte une valeur ajoutée incontestable au travail académique traditionnel. La photographie permet de matérialiser la donnée scientifique et d’offrir un visage concret à la menace d’extinction. « Ces photographies ont une âme. On ne nous présente plus une plante seulement comme un objet scientifique, mais comme quelque chose qui vit. Avec la photo d’une espèce comme Talbotiella breteleri, le décideur sait que cela existe, et des mesures peuvent être prises », souligne avec émotion, un des mentors de l’artiste lors des échanges.

​Cette démarche d’éveil des consciences s’inscrit dans un cadre juridique et institutionnel strict. Rappelant les engagements internationaux du pays issus de la Convention de Rio de Janeiro et traduits par le Plan d’action national pour la biodiversité (NBSAP), le Dr Jean-Paul Ghogue, Coordonnateur de Green Connexion, souligne que le Cameroun abrite un patrimoine naturel d’une richesse inestimable mais sous pression. Avec plus de 1 500 espèces menacées répertoriées sur le territoire national, la tâche reste immense. Face à ce constat, les intervenants et acteurs politiques venus observer l’exposition s’accordent sur la nécessité de nourrir l’action publique par le plaidoyer scientifique et artistique.

Christine Abena : « Le message que je veux faire passer, c'est qu'au Cameroun, nous avons des espèces rares qui contribuent à l'équilibre de nos vies. Seulement, nous ne pouvons pas protéger ce que nous ne connaissons pas. À travers cette exposition, je mets en lumière cette forme de vie qui reste dans l'ignorance jusqu'aujourd'hui. »
Christina Abena : « Le message que je veux faire passer, c’est qu’au Cameroun, nous avons des espèces rares qui contribuent à l’équilibre de nos vies. Seulement, nous ne pouvons pas protéger ce que nous ne connaissons pas. À travers cette exposition, je mets en lumière cette forme de vie qui reste dans l’ignorance jusqu’aujourd’hui. »

Selon Max Mbakop, commissaire de cette exposition, bien plus qu’un simple accrochage de clichés en galerie, ce travail marque le point de départ d’une initiative plus large et pose les jalons d’un mouvement d’éducation à l’environnement. La suite du programme prévoit des conférences-débats axées sur la transmission auprès des plus jeunes, ainsi que des excursions photo (en novembre) sur le terrain pour apprendre à observer le vivant. Il faut dire que la protection de l’environnement commence par le regard que l’on porte sur lui. En réunissant la science et l’art, l’initiative entend mobiliser de nouveaux financements pour étendre cet inventaire visuel à l’échelle de l’ensemble du territoire national.

Nadège Christelle BOWA

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