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Cameroun: Médecins sans Frontières recycle son personnel

Pour son équipe du Cameroun, Médecins Sans Frontières (MSF), a organisé le jeudi 26 mars 2026, des Field Associative Debates (FAD) en français Débats Associatifs de Terrain. Ce sont des espaces de discussion au sein de cette association médicale internationale, qui permettent aux équipes d'échanger sur les orientations de l'ONG.

La rencontre brève (7h30- 10h00) mais riche en enseignement et partage d’expériences a réuni les responsables et membres de l’organisation du Cameroun et de Genève autour d’échanges stratégiques sur les défis humanitaires et opérationnels au Cameroun. Organisé par MSF dans les pays où elle intervient, les FAD sont un rendez-vous annuel qui offrent un espace de dialogue aux équipes nationales pour analyser les réalités du terrain et de réfléchir ensemble sur les enjeux liés aux contextes d’intervention, souvent marqués par des crises sanitaires, des épidémies, des déplacements de populations et un accès limité aux soins. Dans leurs différentes interventions au cours de la cérémonie d’ouverture des travaux, Aboubakar Laoualy, Coordonnateur logistique, Représentant le Chef de mission; Fleur Pialoux, membre du Conseil d’administration venue tout droit du siège à Genève en Suisse, et Delmas Tsafack, point focal associatif national, ont souligné l’importance de ces débats comme cadre structuré qui permet aux équipes de partager leurs expériences et d’identifier des pistes d’amélioration des interventions humanitaires de l’organisation sur le terrain.

Selon ces derniers, les FAD offrent un espace d’expression aux personnels de terrain pour analyser les problématiques opérationnelles et renforcer la qualité des actions menées auprès des populations vulnérables. Pour cette édition, deux thématiques ont retenu l’attention notamment: Le témoignage et le positionnement public, une réflexion sur le rôle du témoignage au sein de MSF, sa légitimité et les modalités d’implication des patients et des communautés dans la prise de parole publique; Et, la gestion des ressources et la destruction des médicaments périmés. Lequel sujet a permis de plancher sur la planification des achats, la gestion des stocks et les mécanismes de réduction des pertes. Pour les responsables de MSF, ces thématiques traduisent la volonté de l’organisation d’allier efficacité opérationnelle et responsabilité éthique dans ses interventions.

Le témoignage, explique Fleur Pialoux, membre du conseil d’administration de MSF Suisse, est inscrit dans la charte et les valeurs de l’organisation. « Mais des fois, c’est un dilemme, c’est sûr. Vous avez vu ce qui se passe à Gaza, au Soudan, en Iran. C’est vraiment important pour nous de témoigner et, en même temps, toujours garder en tête pourquoi on le fait et quels risques on prend, quels risques les patients prennent aussi. Si, un jour, on témoigne qu’on ne peut plus travailler parce que le gouvernement nous expulse, alors c’est les patients qui souffrent aussi. Mais, en même temps, est-ce qu’on peut travailler et voir des choses qui se passent contre des civils dans certains pays et ne rien dire ? Est-ce qu’on devient complice ? Est-ce qu’on devient silencieux ? », interroge-t-elle

Présente au Cameroun depuis 1984, Médecins Sans Frontières soutient le ministère de la Santé publique dans la réponse aux urgences médicales dans 8 des 10 régions du pays, et y contribue à renforcer l’accès aux soins aux populations les plus vulnérables. En 2025, les équipes de MSF au Cameroun ont réalisé : 1 757 interventions chirurgicales, 1 078 admissions aux urgences, 24 949 cas de paludisme pris en charge, 1 884 consultations en santé mentale, 2 269 prises en charge de la malnutrition, 48 604 consultations ambulatoires. Des chiffres qui illustrent l’ampleur de l’action humanitaire menée sur le terrain dans un contexte sanitaire et sécuritaire complexe. Son action repose sur les principes d’indépendance, de neutralité et d’impartialité, conformément à l’éthique médicale universelle et au droit à l’assistance humanitaire. À travers les FAD 2026, MSF réaffirme sa volonté d’améliorer ses pratiques et de consolider son engagement aux côtés des populations en situation de vulnérabilité.

Nadège Christelle BOWA

Réactions

 

Aboubakar Laoualy, Représentant du Chef de mission

Mettre le patient au cœur des interventions

La problématique de la destruction des médicaments est une préoccupation cruciale pour MSF. Il y a vraiment une valeur qui est mise sur ces médicaments. Et si on se retrouve avec des médicaments périmés, cela peut nous pousser à aller dans des ruptures. Ce qui cause un manque à gagner aussi pour le bénéficiaire dans un contexte de rareté des ressources. Je pense que nous devrons travailler sur la chaîne d’approvisionnement et la gestion des stock et l’utilisation de ces médicaments. Le débat sur le témoignage est très important pour les patients auxquels nous sommes aujourd’hui au Cameroun. Nous comptons sur les expériences de l’équipe pour trouver des solutions pour que nous avançions ensemble après une réflexion sur notre façon de faire le témoignage et aussi l’implication des patients et de la communauté dans la prise de parole. Le témoignage le plus simple, c’est vraiment que le bénéficiaire se sente très content et très à l’aise par rapport à ce que nous lui apportons. Il ne doit comporter aucun risque ni pour le personnel ni pour le patient.

 

Fleur Pialoux, membre du conseil d’administration de MSF Suisse

Écouter et donner un peu de perspective plus globale

Je suis venue de Genève pour ces séances. C’est vraiment l’occasion pour les gens au niveau de la gouvernance à Genève d’écouter justement les défis sur le terrain, les réflexions qu’ils ont, parce qu’ils ont leurs propres réflexions critiques sur comment est-ce qu’on travaille, comment est-ce qu’on peut mieux travailler, mieux accompagner les communautés qu’on sert. Et donc c’est vraiment plutôt moi qui vais écouter. Et bien sûr, peut-être des fois donner un peu de perspective plus globale parce que j’ai une vision qui dépasse le Cameroun, comme on travaille dans plus de 25 pays. Je vais pouvoir peut-être remettre un peu en perspective. La question du témoignage, par exemple, c’est quelque chose qui dépasse le Cameroun. C’est un sujet qui va être travaillé presque dans tous les pays cette année dans ces débats. Je vais peut-être parler un petit peu de Gaza, du Soudan, de l’Iran, quand est-ce qu’on témoigne, etc. Pourquoi ? Quels sont les risques qui sont pris ? Et puis, oui, vraiment écouter. Et tout ce qui va être dit ici, qui peut aussi être utile pour d’autres missions, en fait, ça va être partagé. Un rapport va être fait. Et au niveau de l’Assemblée générale qui aura lieu à Genève en mai, on va pouvoir un peu aussi bien donner la parole, bien retransmettre ce qui a été discuté ici aux autres missions pour que ça puisse servir aux autres et que ça nourrisse les débats.

Rassemblées par

Nadège Christelle BOWA

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