Recherche et innovation

Cotonou 2026 : L’Afrique centrale repositionne le débat sur les semences paysannes

Placée sous la modération de la Convergence Globale des luttes pour les terres, l'eau, les semences et les forêts en Afrique centrale (CGTLE-AC), la table ronde sous le thème: «Innovations technologiques et semences paysannes: Quels enjeux pour les droits des paysans et la souveraineté alimentaire a mis en exergue les menaces mais aussi les potentiels opportunités des innovations technologiques sur la paysannerie sous-régional.

Identifier les menaces que représentent les innovations technologiques appliquées aux semences, notamment la biotechnologie et déceler les  opportunités en dépit desdites menaces. Tel est le double objectif de la table ronde co-organisée ce vendredi 7 août 2026 par la Foire des semences paysannes d’Afrique centrale (FOSPAC) en collaboration avec le Réseau d’acteurs pour le développement durable (RADD), membre de la Convergence   Globale des luttes pour les terres, l’eau, les semences et les forêts en Afrique centrale (CGTLE-AC), en marge du Forum social mondial, Fsm Cotonou 2026. «Nous nous sommes rendus compte au RADD que ce sont des questions qui sont très peu évoquées par les paysans, peut-être parce qu’ils la connaissent très peu. Alors, il était important que les acteurs non seulement soient informés, mais qu’ils puissent également en parler parce que c’est l’enjeu du présent et de l’avenir», renseigne Yvan Lionnel Youmssi, Expert en droits des paysans, l’un des panélistes et Co-organisateur de cette table ronde.

«Parce que parler seulement des menaces n’est pas suffisant- l’innovation technologique c’est l’évolution et on ne peut pas lutter contre l’évolution– le second objectif de cet échange a été de permettre aux producteurs paysans de se l’approprier, s’en familiariser en sorte que les innovations technologiques, au lieu de menacer, servent les semences paysannes et les intérêts des droits des paysans sur leurs semences», précise-t-il. Au Bénin a-t-on appris, la semence paysanne occupe une place centrale dans l’autonomie des agriculteurs, la souveraineté alimentaire et la préservation de la biodiversité cultivée. Sélectionnées et conservées directement par les cultivateurs, ces graines reproductibles et libres de droits s’adaptent naturellement aux terroirs. Seulement en concentrant sa politique officielle sur la modernisation du système semencier formel favorisant les semences certifiées et hybrides via le secteur privé, le gouvernement entend inverser cette tendance. Une vision qui n’est pas du goût des paysans et organisations locales qui luttent pour la préservation et la reconnaissance des semences paysannes traditionnelles.

Réintégrer la semence paysanne dans le secteur formel

Selon Françoise Agbodjo, Dr en Socio-anthropologie appliquée aux politiques agricoles et systèmes semenciers paysans, près de 80% des semences utilisées dans les exploitations proviennent du système informel ou paysan, tandis que le système formel de semences certifiées ne couvre qu’environ 20% des besoins réels. Cependant, ces données ne sont que l’arbre qui cache la forêt. «Malheureusement même si les semences paysannes continuent à circuler dans nos villages, à avoir une forte part de ce qui est utilisé par les paysans, ça reste quand même marginalisé et inconnu par la nouvelle génération. Il faut changer cela. Il faut qu’on réveille les consciences. C’est autour de ces enjeux que nous travaillons», insiste la socio-anthropologue. Par ailleurs a-t-on entendu au cours de cette conférence très courue, dans leur quête de rentabilité, les paysans font de plus en plus recours à la semence conventionnelle, dont l’usage donne accès à un kit d’intrants mais aussi au crédit agricole. «Ce qui n’existe pas pour quelqu’un qui utilise les semences paysannes», déplore la chercheure qui appelle les paysans à ne pas baisser les bras.

Lire aussi: Yvan Lionnel Youmssi Eya: Il faut valoriser les innovations technologiques paysannes

Brice Dikissi, président du Conseil d’Administration de la Coopérative d’Epargne, de crédit et de Transformation Agricole

C’est une grande joie pour moi de partager ce moment de donner et de recevoir avec tous les peuples du monde, réunis au Bénin, à Cotonou, pour cette première édition du Forum Social Mondial et avec la caravane de l’Afrique Centrale. C’est une satisfaction générale du fait que la caravane a pu tenir toutes ses promesses. Ça a été très riche en partage d’expériences. Nous retenons de cette table ronde, que le combat pour la souveraineté des systèmes semenciers d’origine paysanne n’est plus un vain mot, mais elle est effectivement rentrée dans sa phase de mise en œuvre au niveau des acteurs communautaires. À titre personnel, mon horizon a été élargi et je me suis senti mieux outillé, mieux équipé pour affronter les défis de l’avenir.

«Rien n’est perdu, il y a beaucoup d’espoir, on est sur le bon chemin et il faut juste continuer à lutter, à préserver ces semences de chez nous, dans les cases semences, dans nos greniers; ne pas se laisser séduire par ce qui est vendu aujourd’hui comme des semences à fort rendement, des semences beaucoup plus efficaces, parce qu’en vrai les seules semences qui ont montré leur preuve jusqu’à aujourd’hui ce sont les semences paysannes», rassure-t-elle. Que ce soit sur le plan nutritionnel ou économique, soutiennent les orateurs, les semences paysannes présentent de nombreux bénéfices, d’où l’intérêt de les préserver et de les promouvoir. Aux gouvernements africains de leur accorder la place qu’elles méritent en la réintégrant dans le système formel, en la reconnaissant comme semences adaptées aux besoins des africains, ont entre autres, recommandé les panélistes.

Nadège Christelle BOWA

à Cotonou

Articles Liés

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page