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Prisca Nuella Mofini : Amener les partenaires à soutenir les exploitations agricoles féminines

Présidente de l'association Femmes, éducation, leadership, santé, autonomisation pour le développement inclusif et une paix durable en Centrafrique (Felsa) est porteuse d’un message en faveur des filles et des femmes de son pays en pleine restructuration et de l’Afrique en général. Créée il y a trois ans, la Felsa officialisée au mois de mars dernier, selon sa promotrice est née de l'idée d'apporter un appui et une inspiration aux femmes pour l’atteinte des Objectifs du développement durable et d'accompagner le processus de la paix en RCA.

Qu’est-ce qui explique votre présence au Forum de Cotonou ?

Notre participation au Forum social mondial traduit notre engagement à faire entendre la voix des femmes rurales de la République centrafricaine et de toute l’Afrique à travers le monde. Je souhaite porter les plaidoyers, observer les difficultés que les autres femmes ont dans d’autres pays à travers le monde et de prendre aussi les expériences de certaines associations qui œuvrent dans l’accompagnement des femmes dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et du bien-être social; et aussi accompagner le processus de paix à travers toute l’Afrique voire le monde entier où les populations sont confrontées à des criminalités, aux violences à l’égard des femmes, dans les familles. C’est vraiment une opportunité pour nous de pouvoir bénéficier des expertises des autres sociétés civiles féminines et de pouvoir aussi partager des plaidoyers à des investisseurs, à des partenaires techniques et financiers et  grandes entreprises présents à Cotonou afin de porter un regard sur les femmes centrafricaines en particulier et les femmes africaines en général.

En discutant avec vous en off, on s’est rendu compte que vous avez une idée très particulière de ce que c’est que l’autonomisation de la femme. Pouvez-vous partager cette vision?

En parlant de l’autonomisation de la femme, on veut faire allusion ici à toutes les charges que portent les femmes africaines en général. C’est la femme qui produit une grande partie de l’alimentation pour sa famille. C’est la femme qui porte les grands fardeaux des soins médicaux. C’est la femme qui porte un grand fardeau de l’appui éducatif des enfants. Si une femme est autonome, elle peut subvenir aux charges de sa famille. Porter un regard sur les femmes, ne signifie pas donner de l’argent, mais les accompagner par exemple à travers l’agriculture mécanisée. Ainsi, ces femmes pourront produire en grande quantité dont une partie pour leur famille afin de réduire la malnutrition, la faim et une partie pour la commercialisation avec toute la chaîne de valeurs qui suit leur effort agricole. Cela pourra aussi aider le pays à faire une avancée dans le contexte économique.

Ce programme est tellement ambitieux, est-ce que la Felsa a les moyens de sa politique ?

La République centrafricaine dispose d’énormes surfaces agricoles, mais il y a peu de moyens pour pouvoir répondre à ces ambitions. La Felsa elle-même dispose des hectares de terre pour l’organisation et nous avons déjà des ambitions pour produire de la banane plantain, des papayes, des pommes de terre. Ce sont des produits agricoles qui ont beaucoup de chaînes de valeurs et qui sont encore onéreux en République centrafricaine. La Felsa appelle les partenaires, les investisseurs internationaux, africains, européens, américains… à nous accompagner avec la formation, le renforcement des capacités et pourquoi pas investir dans la mécanisation des plantations afin que les femmes puissent devenir des grands producteurs et des exploitants de toute la chaîne de valeurs des produits suscités.

Quelle est la situation de la femme et fille centrafricaine en contexte de conflit ?

Les femmes centrafricaines sont très engagées dans la réponse au conflit. Je prends l’exemple de notre première présidente qui avait accompagné la transition. Madame Catherine Samba-Panza a pu organiser les élections pendant les moments de crise jusqu’à ce que la démocratie puisse s’installer. Elle est promue l’ambassadrice de la paix à l’Union africaine. Pour exemple additionnel, nous sommes en train d’être poussées à travers les partenaires des Nations unies afin que les femmes centrafricaines s’engagent en politique. Et quand une femme centrafricaine s’engage en politique, la paix va suivre. Nous sommes trop dynamiques à apporter la paix et à concourir pour la paix pour toute l’Afrique.

Quels sont d’après vous les plus grands obstacles à l’éducation et à l’autonomisation des femmes centrafricaines?

La plus grande difficulté d’accès des femmes à l’école, c’est le moyen financier. La République centrafricaine sort de la crise et beaucoup de familles traversent des situations financières très précaires. Aussi, certaines filles se lancent dans la prostitution. Lorsque survient la grossesse, elles ne peuvent plus poursuivre les études. Pourtant la grossesse n’est pas un obstacle à la réussite éducative. C’est pourquoi Felsa dans ces activités de sensibilisation encourage ces filles mères à revenir à l’école malgré les difficultés et oriente les autres dans l’agriculture pour être autonomes et prendre soin de leur famille.

Quid de la santé mentale mentionnée dans votre axe stratégique?

En effet, la santé est une priorité pour notre association. Nous l’abordons selon la définition de l’Oms qui englobe la santé physique, mentale, environnementale. Dans ce conteste du One Health, une seule santé, nous accompagnons les jeunes filles dans les écoles afin de réduire les traumatismes liés à l’adolescence. Nous sensibilisons la jeunesse sur les dangers des réseaux sociaux, etc.

Avec quoi voulez-vous repartir de ce Forum ?

Je serais heureuse de retourner en République centrafricaine avec beaucoup d’expériences, des témoignages, des acquis des autres femmes. Par exemple, pendant l’escale de Lagos au Nigéria, nous avons rencontré des femmes dynamiques de Lagos, qui œuvrent pour la paix. Au Cameroun, nous avons rencontré les femmes dynamiques qui ont aussi des expériences dans le domaine de l’agriculture. Nous avons noué des partenariats. Beaucoup d’acquis vont enrichir nos projets et nos plans d’action et nos bénéficiaires seront les premiers à se réjouir de ces connaissances. Nous sommes une jeune organisation certes, mais nous ambitions de couvrir les 20 préfectures de la République centrafricaine et pourquoi pas aussi de devenir internationale.

Réalisée par

Nadège Christelle BOWA

À Lagos au Nigéria

 

 

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